Bénédicte L., 22 ans : “Je fais partie d’une génération qui doit réinventer le journalisme”
mars 15th, 2011 § Laisser un commentaire
Du haut de ses modestes vingt-deux ans, Bénédicte L., jeune journaliste* résidante dans le 20e arrondissement de Paris, a déjà fait le tour de pas mal de rédactions. Actuellement journaliste stagiaire au Figaro.fr, au pôle Actualités, elle a auparavant fait un tour au Post.fr cet été dernier, durant deux mois, et m’avoue avoir adoré (comme pour tous ses autres stages, en fait). Mais ce n’est pas tout : elle a également fait un tour chez Radio France Internationale (RFI) et a même passé deux mois en Inde cet automne dernier aux côtés du correspondant de France 2. Lors d’évènements précis, Bénédicte a écrit des piges pour FranceTélévisions.fr, dans le cadre du Web’10, et pour France3.fr, dans le cadre du Salon International de l’Agriculture de cette année. En ce moment, Bénédicte écrit aussi de temps en temps des piges pour le site spécialisé dans les nouveaux médias Owni.fr.
Entre 2008 et 2009, Bénédicte a passé un an à Rome. Et là, c’est devenu le coup de foudre. Devenue donc amoureuse de la ville de Rome, mais aussi de l’Italie, y compris de “sa culture et (de) son histoire politique”, elle tient depuis peu un blog sur l’Italie, consacré à l’actualité politique du pays et à la question des mafias (outch !) : lafelicitta… où elle se présente comme une journaliste “italophile, romanista, politizzata”, et bien sûr… “mafiaddict” ! Depuis l’an dernier, Bénédicte tient aussi un blog collectif avec d’autres apprentis journalistes de l’école de journalisme de Sciences Po, poétiquement baptisé 2h27 (un de mes blogs préférés, je dois l’avouer). Actuellement, l’équipe s’aggrandit avec d’autres étudiants en master de communication et de marketing pour faire de 2h27.fr un site rentable sur la nuit à Paris ; pour que 2h27 ne soit plus qu’un simple blog mais un vrai site de reportages et d’enquêtes sur la nuit à Paris. Un projet ambitieux.
Bénédicte me dit qu’elle souhaiterait travailler dans une rédaction Web. L’international (l’Italie en particulier, vous l’aurez compris), les grandes affaires politiques et les sujets de société sont ses domaines de prédilection. Mais dans l’idéal, me dit-elle, Bénédicte aimerait se spécialiser sur… la nuit. Tout simplement.
Et hasard du hasard, Bénédicte me confie être en couple avec un journaliste. “Mais je ne l’ai pas exprès !” Bien sûr Bénédicte, on te croit…
Pourquoi avoir choisi d’être journaliste ?
Je ne me voyais pas faire autre chose. Je suis curieuse, j’aime écrire, expliquer. Même si aujourd’hui c’est devenu difficile d’être journaliste parce que « c’est la crise de la presse écrite, c’est la crise du métier, et c’est la crise d’une manière générale »… cela devient d’autant plus intéressant de le faire maintenant. Je fais partie d’une génération qui doit réinventer le journalisme. Redonner envie aux gens de s’informer, de faire confiance aux journalistes et de prendre le temps de lire des articles sur l’actualité. Et écrire sur Internet, dans une rédaction indépendante, je trouve ça passionnant. Tout d’abord il y a le côté instantané : une dépêche arrive, une information sur Twitter, une vidéo est publiée sur tel blog… et l’information se diffuse aux quatre coins de la toile en moins d’une minute. Ensuite, il y a la possibilité d’interagir avec ses lecteurs : connaître rapidement leur appréciation de notre article, leurs critiques, et échanger avec eux. Sur Internet, le débat est plus facile. Il y a une vraie discussion autour de l’actualité. Il y a également le côté multimédia : joindre à son article des photos, des vidéos, des sons, des diaporamas, voire, des web-documentaires pour apporter de la plus-value. Enfin et on est moins dépendant financièrement que peuvent l’être les grandes rédactions. Et cela n’empêche pas, contrairement à ce que l’on pense, d’écrire de longs papiers explicatifs. Sur Internet, il n’y a pas que les vidéos buzz et les dépêches.
Qu’est-ce que t’aimes dans le journalisme ?
En plus de tout ce que je viens de dire plus haut, je dirais… le fait d’apprendre tout et n’importe quoi. On est confronté à des sujets tellement différents, et c’est passionnant. On se retrouve parfois dans des situations improbables. Et on rencontre des gens de milieux tout à fait différents les uns des autres. J’ai pu interviewer des avocats, des hommes politiques, mais aussi une dame pipi, un jardinier du Palais Royal, un ambulancier, un videur de boite de nuit et une vendeuse de sex toys, à titre d’exemple. Et puis, cela rend curieux et culotté, dans la vie de tous les jours. On a donc tendance à poser plus de questions aux gens que l’on rencontre et à mieux les connaître.
Quel a été ton parcours professionnel pour devenir journaliste ?
Pour commencer, en entrant à Sciences Po directement après le baccalauréat, je pensais déjà à faire le Master (de) journalisme. Je n’en étais pas convaincue à 100 %, n’ayant pas encore fait de stages, mais c’est rapidement devenu un objectif. Et puis un jour, en première année, une petite journaliste de l’Etudiant est venue à ma rencontre dans l’amphi Boutmy. Elle m’a demandée si j’acceptais une interview. Elle recherchait le témoignage d’une jeune (de) première année à Sciences Po. On s’est très bien entendues, et comme je lui ai dit que je souhaitais devenir journaliste, elle m’a suggéré de demander un stage à l’Etudiant. L’été 2007, c’est ainsi que j’ai fait mon premier stage de journalisme, et en presse écrite, que j’ai beaucoup aimé. Cela m’a convaincue que c’était bien cela que je voulais faire. Ensuite, en 3e année je suis partie un an à Rome. Consciente que je devrai préparer un dossier et un entretien pour être acceptée en Master (de) journalisme à Sciences Po, j’ai profité de cette année pour faire un stage plus long : j’écrivais pendant un an des articles sur le site du Petit Journal des Français à Rome. J’écrivais des critiques de restau, de concerts, de ciné, mais je suis aussi allée au Palais Farnèse à une conférence de Simone Veil, et j’ai profité d’un séjour à Naples pour faire un petit photoreportage sur la journée nationale antimafia où j’ai rencontré mon idole, Roberto Saviano. J’avais peur que ces petits stages ne soient pas suffisants mais finalement cela a marché, j’ai été prise à l’Ecole de Journalisme de Sciences Po. Et une fois à l’école, on nous apprend beaucoup. Presque tous nos profs sont journalistes, (et) cela aide à avoir des contacts pour savoir à qui envoyer nos demandes de stages par la suite ! Par contre, on fait tout pour nous décourager de devenir journalistes en première année, il faut donc s’accrocher et ne pas trop écouter les professeurs trop aigris. Et puis en terme de galères, je peux évoquer, en première année, mes débuts en TV ou en radio. Au tout début de l’année, la personne que je devais interviewer a fini par m’aider à trouver le bouton pour allumer la caméra ! Une autre fois, j’ai enregistré toute une interview en radio en me rendant compte seulement à mon retour à l’école que rien n’avait été enregistré. Mais ce sont ce genre d’expériences qui ensuite nous aident à ne jamais refaire la même erreur !
As-tu des anecdotes à nous raconter ?
Cet été, pendant mon stage au Post.fr, j’ai eu l’occasion de faire une enquête sur les micro-partis au sein du Parti socialiste. Après avoir mis en ligne mon article, j’ai eu droit à au moins sept appels entre 23 h 30 et minuit, d’un chef de cabinet d’un député important qui comptait que je réécrive complètement ses propos. Il comptait visiblement m’intimider puisqu’il m’a appelée plusieurs fois à des heures impossibles en me parlant sur un ton très énervé. Une autre fois, c’est un avocat qui m’a rappelée pour me hurler dans les oreilles non-stop pendant 10 minutes. Quand je dis “hurler”, je n’exagère pas. Je devais tenir le combiné à un mètre pour ne pas devenir sourde ! Pareil, il n’était pas content de mon article. J’avais pourtant bien retranscrit ses propos. Mais évidemment, il y a des sujets qui fâchent et il ne faut pas se laisser intimider par des hommes politiques ou des avocats habitués à l’art oratoire…
J’apprécie beaucoup le blog 2h27 où tu rédiges. Des mots sur cette expérience exceptionnelle ?
Au départ, tout avait pourtant mal commencé. Il s’agissait d’un cours de six semaines à l’Ecole de Journalisme de Sciences Po, pendant lesquelles on devait créer un blog. Le professeur nous a vite imposé le thème des transports en Île-de-France. Ce thème ne nous inspirait pas du tout et on n’était pas du tout motivés. Le professeur s’en rendait compte et passait son temps à nous le reprocher. Au bout de deux ou trois semaines, on a décidé de prendre les choses en main. Avec Anaïs, une amie du cours, on a eu l’idée de faire un blog sur les activités culturelles à Paris la nuit. On en a parlé aux autres élèves qui ont adoré l’idée… puis au prof, qui nous a reproché de vouloir faire un blog sur la fête, et de profiter de ce cours pour s’amuser la nuit et rester dans un univers que l’on connaissait bien, au lieu d’aborder des sujets plus compliqués. Après plusieurs « accrocs », on a fini par trouver un terrain d’entente. Nous avons décidé, sur le conseil de notre professeur, d’élargir notre angle et de parler de la nuit d’une manière générale. L’idée nous a tous plu, et cela a tellement bien marché qu’on a décidé de continuer le blog même après la fin du cours, et après les examens. On a donc continué l’été et l’automne dernier, alors qu’on était tous partis aux quatre coins de la Terre. Mais c’était aussi l’occasion de parler de la nuit à Moscou, New York, Londres, New Delhi, Hong Kong… Et du coup, quand nous sommes à Paris, finalement, les sujets autour de la fête, des clubs et des bars sont rares. En revanche, on parle des ambulances, des workaholics, des catacombes, des strip-teaseuses, des taxis de nuit, des épiceries ouvertes 24 h sur 24, des policiers nocturnes, des coiffeurs au clair de lune, des noctiliens, des insomniaques… C’est un domaine vraiment très intéressant, la nuit. Les sujets sont inépuisables, et on découvre un univers complètement inédit, dont peu de personnes parlent. Je me suis retrouvée dans des situations vraiment improbables, face à des personnes qui ont une vie complètement décalée. Par exemple, cette fois où avec Anaïs, nous avons réussi à nous faire inviter au MoonCity, un club échangiste Place Clichy. Pour 2h27, hein, je précise bien… Et d’une manière générale, les gens ont plus tendance à parler librement et à se confier la nuit. On peut discuter sans complexe, comme une conversation entre amis… Sauf qu’on est là pour enquêter. C’est ça qui est excitant.
Une citation ?
“La différence entre littérature et journalisme, c’est que le journalisme est illisible et que la littérature n’est pas lue.” Oscar Wilde
“La question est celle-ci : d’où vient l’homme ? Où va l’homme ? Je la résous triomphalement en disant : l’homme va et vient dans la nuit.” Emile Zola
* Bénédicte sera diplômée en mai 2011.
Portrait de Bénédicte L. par Christophe Duman
Morgane Tual, jeune pigiste de 26 ans
juillet 14th, 2010 § 1 Commentaire
Impossible de ne pas être charmé par le beau regard de Morgane Tual, 26 ans, sur son profil Twitter. L’idée de ce blog est le fruit de son regard et de son sourire, si agréables à regarder. En fait, je me suis demandé, d’un coup comme ça, en regardant sa photo : pourquoi ne pas mélanger passion et Humanité ? Ma passion, le journalisme, et l’Humanité : la beauté naturelle des Femmes. Combler les deux à coups de portraits sur un blog serait une excellente idée, me suis-je dit. C’est donc parti pour une grande aventure à la recherche de femmes journalistes, “carte de presse mesdames SVP” !
Morgane Tual, cette jeune journaliste – avec carte de presse s’il vous plaît – est très active : le nombre d’articles et de brèves qu’elle doit rédiger chaque jour lui passe par-dessus la tête ! Jusqu’à même se qualifier de “journaliste pigeon” ! Parfois j’ai même envie de lui demander de me filer quelques trucs à faire tellement elle a l’air débordée la pauvre… Morgane, habitante dans le 15ème arrondissement de Paris, est pigiste (“par choix”, me précise-t-elle ! Ah ah !), chez Youphil.com principalement… mais il lui arrive de collaborer avec d’autres médias comme BFM TV ou Le Télégramme. À peine diplômée en journalisme du Celsa il y a deux ans, elle “traînait” déjà dans les rédactions depuis 2005, soit depuis cinq ans. Ses spécialités ? Le journalisme Web et les sujets de société. Elle est passionnée par Internet et elle aime les chasses aux trésors (c’est l’un de ses loisirs paraît-il). Pour les plus curieux, Morgane a un site, et bien sûr, en tant que “journageek”, un blog. Elle est même webmaster depuis une douzaine d’années… Elle me glisse gentillement à l’oreille qu’elle codait déjà à mon âge… quand me suis demandé si les langages de programmation existaient à son époque !
Après d’éternels échanges de mails, puis une sympathique discussion sur Gtalk terminée par des rires sur les publicités d’Universal Mobile (“A quoi ça sert d’être jeune, si on a le même mobile que sa mémé ?”), voici les très intéressantes réponses de Morgane sur son rapport personnel avec le fabuleux métier qu’est le journalisme dans un portrait assez spécial. Que ce soit sur elle-même ou sur comment interviewer une personne, elle m’en a appris des choses !
Pourquoi avoir choisi d’être journaliste ?
Parce que sans bon journalisme, pas de bonne démocratie. Pour moi, le journaliste a une responsabilité immense envers les citoyens, et j’ai eu envie d’endosser cette responsabilité. J’ai eu la chance d’avoir été sensibilisée très tôt à l’importance des médias, notamment grâce à ma mère, qui travaille pour le Clemi, un organisme de l’éducation nationale chargé de l’éducation aux médias. J’ai appris leur fonctionnement, et leurs dysfonctionnements, j’ai appris à les critiquer. Et j’ai eu envie d’y participer parce que ça me paraissait une composante essentielle de la société.
Qu’est-ce que t’aimes dans le journalisme ?
J’aime le fait que ce métier recouvre des tas de réalités différentes. J’ai eu l’occasion de faire de la radio, de la presse écrite, du secrétariat de rédaction, du Web et en travaillant sur des thèmes très différents, en national, en local et même à l’étranger. Cela évite de se lasser. Avec Internet, mon média de prédilection, c’est encore plus vrai : on passe de l’écriture à l’édition, de la vidéo au son, au community management et pourquoi pas un peu de design, voire de code (c’est du vécu)… Cette réalité “d’homme orchestre” est assez critiquée et, même si je ne prône pas ce modèle, loin de là, il me convient bien à cet instant précis de ma vie. J’ai fait le choix – certainement temporaire – de la pige, afin de pouvoir picorer à droite à gauche, de pouvoir travailler pour plusieurs rédactions, avec différentes personnes, sur des sujets différents, sous des formes différentes. J’ai l’impression d’avoir plusieurs métiers et ça me permet de ne jamais m’ennuyer. Mais pas sûr que cela m’amuse encore des années.
Quel a été ton parcours professionnel pour devenir journaliste ?
J’ai commencé au lycée, en bossant dans des tas de petits journaux amateurs. Puis j’ai passé mes étés au Télégramme, et c’est une chance incroyable d’avoir commencée par ce journal exemplaire, qui a confirmé à l’époque mon envie de faire du journalisme – d’autres rédactions que j’ai depuis fréquentées auraient pu, au contraire, m’en dissuader.
Ensuite, je suis entrée à l’école de journalisme du Celsa, où j’ai enchaîné les stages en radio et en presse écrite (Le Monde, Ouest-France, Les Échos, RFI, France Inter, Europe 1, Marianne…).
Après l’école, je suis partie quelques mois en Inde, car je n’avais jamais vraiment voyagé et je trouvais que ça manquait, pour faire de moi une bonne journaliste. Ça m’a permis de me confronter à des réalités dont j’avais été épargnée jusqu’ici, comme la misère. Et à une culture à l’opposé de la nôtre, ce qui m’a fait prendre beaucoup de recul vis-à-vis des sociétés occidentales… Et puis j’ai choisi la pige, car je n’avais pas envie de me “caser” tout de suite dans une rédaction.
Une citation ?
« Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous ayez le droit de le dire. » Voltaire

